IA : la valise de diagnostic

Par
Vianney
–
28 Sep 2026

Avec l'IA, faut-il encore comprendre le code que l'on produit ? Une idée de plus en plus répandue dit que non, tant que les tests passent. Nous pensons au contraire qu'il faut continuer à regarder sous le capot.

« Que le code de ton application soit inmaintenable, ça n'a aucune importance ! Avec l'IA, tu ne vas plus jamais repasser dessus de toute façon. »

C'est en substance ce qu'expliquait Quentin Adam, fondateur de Clever Cloud, dans un récent épisode du podcast de Micode (Michaël de Marliave), dont nous recommandons au passage le travail, toujours intéressant. Pour Quentin Adam, le développeur de demain n'écrira plus de code à la chaîne. Il deviendra un architecte qui encadre l'IA avec des batteries de tests très stricts. Jusque-là, l'idée nous parle.

Il va pourtant plus loin. Selon lui, tant que les tests sont au vert, l'allure du moteur importe peu : pas besoin de regarder sous le capot ni de comprendre comment il est construit. L'idée est séduisante pour la productivité, car la relecture du code devient un vrai sujet dès qu'on travaille avec l'IA. Elle nous pose cependant un problème de fond.

L'effet « valise de diagnostic »

Poussée jusqu'au bout, cette logique risque de faire subir au logiciel ce qu'a connu l'automobile. Aujourd'hui, quand votre voiture tombe en panne, le garagiste ne regarde plus la mécanique : il branche une valise de diagnostic. Et si la valise ne détecte rien, personne ne sait quoi faire. Nous avons sûrement gagné en efficacité au quotidien, dans la majorité des cas. Mais nous avons perdu le contrôle réel sur la machine.

En développement, le risque nous semble le même, pour trois raisons.

‍

‍

1. Les tests parfaits n'existent pas
‍
Un test ne vérifie que ce qu'on a pensé à lui demander. Malgré toutes les simulations possibles, des bugs passeront toujours entre les mailles du filet.

2. On ne répare pas ce que personne ne comprend
‍
Un jour, un bug inédit survient, que ni l'IA ni les tests n'ont vu venir. Qui ouvre le capot ? Si plus personne ne comprend la mécanique de bas niveau, réparer du code « boîte noire » peut devenir impossible.

3. Qui formera les seniors de demain ?
‍
L'IA est surtout utile aux développeurs seniors, parce qu'ils ont passé quinze ans à mettre les mains dans le moteur. Si la nouvelle génération commence directement au volant, sans jamais toucher à la mécanique, comment formerons-nous les seniors de demain ?

Garder la main sur le moteur

À force de ne plus regarder sous le capot, nous risquons de créer une industrie dépendante d'outils qu'elle ne saura plus réparer le jour où la valise clignotera au rouge.

‍

Par
Vianney